Chez elle, c'est le noir total. Lorsqu'elle s'est réveillée, la pièce était d'une blancheur immaculée, mais son esprit sombre comme l'ébène. Elle ne se souvenait de rien avant ce jour, comme si elle n'avait pas eu de vie.
Elle a été éduquée très strictement, sans connaître ce qu'est l'amour d'un père ou d'une mère, mais juste la possessivité et les obligations d'un créateur.
Elle ne sait pas ce que veut dire empathie, n'a jamais ressenti la moindre émotion. Pour elle, ce n'est qu'un mot sans signification, dont elle aimerait secrètement un jour connaître le sens.
C'est comme ça qu'elle a été éduquée, et c'est la meilleure des siens.
Chez lui aussi, tout est noir.
Il n'a pas encore trouvé sa lumière, celle que tous ceux de son espèce passent chaque instant de leur vie à rechercher, le plus souvent vainement.
Il sait ce qu'est une mère et un père, à eu le droit à l'amour, mais à été éduqué dans le but de succéder à son père et de diriger un peuple entier.
Les sentiments, il en a ressenti, mais il a appris à ne plus les montrer. Pour lui, c'est une faiblesse qui peut coûter chère.
C'est celle qui a tué ses parents, et il s'est juré de ne pas la reproduire.
C'est ça que la vie lui a appris, et malgré son masque impénétrable, c'est un très bon dirigeant, un des meilleurs et des plus auprès des siens.
Leurs passés sont parfaitement opposés, et pourtant, leur route vont se croisées et risquent d'être très semblables...
Lorsqu'elle se réveille en sursaut, elle est encore toute transpirante, le souffle court.
Elle a encore fait ce cauchemar. Celui qui hante toutes ses nuits. Celui du jour où elle s'est réveillée ici, sans aucun souvenir du passé qu'elle aurait pu avoir. Celui où son calvaire a commencé.
Mais malgré que ce qu'elle a vécu ne lui a pas plus, ce n'est qu'en combattant qu'elle se sent complète et bien dans sa peau. C'est pour se battre qu'elle est née et c'est sa raison de vivre. Elle aime voir le regard craintif de ses compagnons lorsqu'elle passe devant eux et aime les savoir se courber à toutes ses exigences en lui accordant le respect du à son rang.
Elle apprécie sentir ce sentiment de peur qu'elle inspire rien qu'en la voyant. À vrai dire, c'est aussi le seul sentiment qu'elle connaît. C'est celui que ressentent ses victimes et qui sortent pas tous les pores de leur peau dans leurs derniers instants de vie.
Elle entend aussi leur cœur s'affoler.
Mais, c'est aussi le seul sentiment qu'elle ressent ici. Elle aussi est victime de ce sentiment. Mais personne ne l'a jamais vu. Elle est toujours resté neutre en compagnie des autres.
C'est le sentiment qu'elle ressent à chaque fois qu'elle se réveille de ce cauchemar. La peur. Son passé l'effraye...
-Madame... Entre quelqu'un après avoir toqué.
-Que veux tu ? L'apostrophe t elle sèchement, ayant repris son masque et son air supérieur.
-Votre Père souhaite vous voir, tout de suite.
-Très bien.
Et il sort. Elle passe une main sur son visage, la peur refaisant surface. Rien qu'à l'idée d'aller le voir, elle en a des frissons dans tout le corps.
Cet homme lui fait peur...
Il est responsable de ce passé qui la tourmente.
Néanmoins, elle ne peut que lui obéir. Elle a été éduquée comme ça, à lui être dévouée.
Elle n'a pas de personnalité, sauf celle qu'il lui a inculqué.
Elle se lève difficilement, chassant ces moments difficiles de sa tête.
Elle s'habille rapidement, car il n'aime pas attendre.
Elle sort de sa chambre, et marche dans les longs couloirs en direction de son bureau. Elle croise les quelques uns des siens, les derniers de son peuple à avoir survécus, tous rassemblés ici. À son approche, ils baissent tous les yeux et murmure un "bonjour, j'espère que vous allez bien" , auquel elle ne répond pas. Elle continue son chemin et arrive devant la grande porte.
Elle frappe puis entre lorsqu'il lui autorise.
-Bonjour ma chère.
-Ma vie est à vous, mon âme et mon cœur vous sont dévoués à vous et seulement vous et ce, jusqu'à ce la mort m'emporte. Récite elle neutre, après avoir mis un genou à terre et avoir baissé la tête.
-J'en suis ravi, répond t il comme a son habitude. Relève toi. Comment vas tu ? Lui demande t il.
-Bien merci.
-Tant mieux car j'ai besoin de toi, dit il en allant s'asseoir dans son fauteuil rouge derrière le grand bureau en bois massif.
-Tout ce que vous voudrez Père.
-Voici ta nouvelle mission et sûrement ta dernière, explique t il en lui tendant un petit paquet de feuilles. Si tu la mènes à bien, les nôtres seront sauvés et ce peuple ennemi sera tellement perdus qu'il s'éteindra. Nous aurons gagné et nous survivront. Ton but est bien sûr de tuer la cible. Comme d'habitude, tu as carte blanche. Tu fais comme tu veux, comme tu en as l'habitude. Élimine autant de personne qui se mettent en travers de ton chemin que tu le veux, plus besoin de faire le tri. Montrons leur enfin que même réduits, notre puissance n'a jamais défaillie. Montrons leur que nous n'avons pas renoncé et que nous sommes toujours aussi fort et déterminés que jamais, si ce n'est même plus. Montrons leur que nous n'avons pas peur, pas plus qu'avant.
Bref, je m'égare. Lis bien ce dossier et n'oublie pas le serment que tu prêtes lors de ta mission. Personne ne doit rien savoir de nous, c'est clair ? Ne reviens que lorsque tu auras achevée cette quête.
En seras tu capable ?
-Sans aucun problème Père. Repond elle après avoir survolé les infos rapidement lorsqu'il lui a transmis le léger paquet de feuilles.
-Bien, tu peux disposer. Que l'esprit vengeur de notre peuple te guide.
-Pour toujours et à jamais, finit elle avant de tourner les talons et de sortir de la pièce.
Ma dernière mission il a dit hein ? S'interroge t elle sur le chemin de sa chambre pour préparer ses affaires.
Elle libérera son peuple du joug des autres, mais après ? Aura t elle le droit de vivre comme elle l'entend ? Lui accordera t il enfin sa liberté ?
L'avenir le lui dira, même si elle en doute. Cet homme n'arrête pas de crier haut et fort qu'elle est son chef d'œuvre, alors elle doute qu'il puisse l'abandonne librement un jour.
Bref, elle verra bien.
Arrivant dans sa chambre, elle lit vite fait ce dossier puis prépare ses affaires.
Elle enfile son legging noir avec son t-shirt moulant de la même couleur avec une touche de vert sur les côtés. Elle regarde sous son lit et prend son arc, va dans son armoire et prend des bottines dans lesquelles elle cache des petits poignards à l'intérieur, et prend son carquois déjà rempli de flèches.
Elle enfile une veste en cuir, et met une écharpe plaid sur ses épaules pour cacher son attirail. Elle regarde une dernière fois sa chambre et la quitte en mettant le dossier dans une poche de sa veste. Elle se dirige vers la sortie et est comme toujours aveuglée par la lumière du jour. Cependant, elle respire pleinement et soupire de bonheur.
Elle a toujours aimé le moment de partir en mission, car c'est le seul où elle peut sortir de ces souterrains. Elle n'est pas claustrophobe, mais aime le contact avec la nature. Rester enfermer entre quatre murs n'est tout simplement pas possible pour elle. Comme si elle reconstituait ses forces, l'apaisait, faisait d'elle une personne tout ce qu'il y a de plus humain. Elle avait besoin de ce contact régulier avec la nature. Et c'est aussi pour cela que son créateur lui donne autant de missions.
Un jour, il ne lui en avait pas donné pendant deux semaines. Ne se sentant plus bien au bout d'une, elle lui avait demandé l'autorisation de sortir, ce qu'il lui avait refusé. Le lendemain, elle était pâle et les deux prochains jours on ne l'avait pas vu. Elle était clouée au lit, malade. Inquiet de ne plus la voir, son Père la chercha. Et lorsqu'il la vit dans cet état, il comprit et la fit sortir de toute urgence.
En une demie heure, elle était de nouveau fraîche, comme si rien ne s'était passé.
Depuis ce jour, il fait très attention à sa santé. Il vérifie régulièrement qu'elle n'a pas de baisse de moral ou d'efficacité.
Il ne peut se permettre de la perdre. Cette fille est irremplaçable.
Elle respire donc avidement cet air pur qui lui manque de plus en plus et cette impression d'être libre, même si ce n'est que temporaire. Après un bon bol d'air frais, elle se met enfin en route.
Elle court entre les arbres, et sort enfin de la forêt dans laquelle se trouve la planque des siens. En regardant à nouveau son dossier, elle apprend que sa cible se trouve de l'autre côté du pays, à L'ouest vers le Sud.
C'est la première fois qu'elle fait autant de chemin comme c'est la première fois que les siens osent s'en reprendre à cet homme après l'événement qui les as obligés à se terrer comme des rats.
Mais tant mieux. D'un côté, elle voyagera, pouvant rester dehors, sans son Père sur son dos, et d'un autre ça lui fera voir du pays. Elle n'a jamais eu l'occasion de le visiter. Elle ne connaît presque rien du pays qu'elle habite.
C'est l'occasion idéale de visiter. Son Père lui a d'ailleurs laissé un mois pour mener sa mission à bien. Ce qui est largement plus que suffisant. Deux semaines suffiraient largement.
Elle décide cependant de commencer par accomplir sa mission et lorsque ce sera fait, elle visitera le pays tout le temps qu'il lui restera. Elle ne compte sûrement pas rentrer de si tôt. Surtout si son Père ne l'attend que un mois plus tard.
Mais elle préfère faire d'abord sa mission pour ne plus avoir à y penser après mais surtout pour éviter une contrainte de temps causés par des imprévus. Car même si c'est la meilleure dans sa matière et qu'elle finit toujours les missions en un éclair, elle sait qu'elle n'est pas à l'abri d'une erreur et de contretemps désagréables. Même les plus forts peuvent faire des erreurs et ont leurs moments de faiblesse.
Alors elle préfère se dire "après l'effort, le réconfort !".
En sortant de la forêt, elle resserre sa prise sur son écharpe pour cacher la vue de ses armes au maximum. Elle a plié son arc nouvelle génération qu'elle a mis dans un sac à dos avec ses flèches. Elle se dirige vers le l'aéroport le plus proche et prend son billet directement pour la destination voulue.
Elle monte dans l'avion et ferme ses paupières. Le temps passera plus vite.
Lorsqu'elle se réveille, le pilote annonce l'atterrissage.
Elle fait comme tout le monde et attache sa ceinture de sécurité. L'atterrissage est un peu secoué, mais elle en a l'habitude. Rien d'alarmant.
Elle descend avec son sac à dos dans la main. Déjouer les douanes et les détecteurs est un jeu d'enfant pour elle. Grâce à une invention que son Père s'est procuré, elle peut les passer sans faire sonner l'alarme. Il s'agit d'une petite pastille qui créer des ondes autour de l'objet métallique lors du passage qui masque leur signes. Comme un bouclier quoi.
Elle sort donc de l'aéroport et prend un taxi jusqu'à la grande forêt qu'elle cherche. Le chauffeur la dépose devant non sans quelques questionnement pour cette destination on ne peut plus inhabituelle. Elle ne répond pas et il n'insiste pas. Tout ce qui lui importe est de se faire payer, ce qu'elle fait grassement en lui donnant un billet de cinquante euros sans exiger de monnaie en retour. L'homme, ébahi, la regarde comme si elle venait d'une autre planète et part après l'avoir chaudement remercié.
Elle admire les arbres majestueux s'étendant devant elle, et se dit qu'elle est arrivée.
Elle retrouve encore une fois le contact avec la nature qu'elle chérit tant. Dans n'importe quelle mission, elle doit rentrer dans une immense forêt pusique c'est le lieu d'habitation de leurs ennemis. Travailler entre ses arbres lui plaît. C'est bien la seule chose qui la fait tenir le rythme. Car malgré son visage neutre, elle est rongée par le remord d'avoir tout ce sang sur ses mains. Et aujourd'hui ne déroge pas à la règle. En sortant de cette étendue paisible, au minimum une vie aura été réduite à néant. Contrairement à ses camarades, elle n'a pas choisi de faire son boulot. Elle en a été obligée, éduquée depuis son plus jeune âge pour être la meilleure dans ce domaine.
Aucun doute que si elle aurait eu le choix, elle aurait choisi une tout autre voie. Malheureusement pour elle, l'heure n'est pas au remord.
Aucune pitié et aucun remord, se récite t elle.
Elle sort son arc et son carquois de son sac et les met en bandoulière, prête à combattre. Elle remet son écharpe par dessus pour se faire passer pour une simple humaine en balade matinale et pénètre enfin dans la grande masse de verdure.
Elle avance, sereine. Après une petite demie heure de marche toujours droit devant elle, elle les sent.
Ils sont là.
Son intuition est confirmée lorsqu'elle voit plusieurs paires d'yeux dorés entre les buissons.
Une fois qu'elle est encerclée, ils sortent de leur cachette.
Parfait, se dit elle, plus besoin de se cacher.
Elle lâche son écharpe qui s'envole dans un coup de vent, dévoilant sa tenue et son attirail.
La mission peut enfin commencer...
Lorsqu'elle dévoile son attirail et sa tenue particulière, les loups ont un mouvements de recul, tétanisés.
Cet armement particulier et plus spécifiquement les personnes qui les portent et les utilisent sans distinction ne sont plus sensés exister. Alors, ils restent interdit quand leur pire cauchemar se retrouve aujourd'hui devant eux, bien réel, leur seul prédateur sérieux.
Les chasseurs.
Malgré qu'ils se doutaient bien ne pas avoir pu tous les avoir en une fois et que quelques uns aient donc survécu, jamais ils ne les auraient crus assez téméraire pour ressortir au grand jour plus tard pour les provoquer.
Tant pis. Cette fille allait faire les frais de leur orgueil démesuré. Ils allaient faire disparaître leur Rébellion dans l'œuf.
Malheureusement pour eux, ils ne savaient pas à qui ils se frottaient.
Cette fille est loin d'être n'importe quelle chasseuse. Elle excelle dans tous les domaines. Et c'est eux qui en feront les frais.
Alors qu'un loup brun lui saute dessus, tous crocs dehors, elle sort au dernier moment un poignard de sa manche et le lui plante dans la gorge. Elle se débarrasse du corps en le jetant à côté, comme s'il s'agissait d'une plume.
Les loups font un pas en arrière, prudents. Jamais ils n'avaient vu une telle rapidité alliée à une telle indifférence. Ils n'avaient rien vu venir, aussi bien dans son geste que dans ses yeux. Aucune lueure quelconque n'y était passée. Ni amusement, ni haine... Ni joie.
Les chasseurs tuent pour le plaisir, tout le monde le sait. Pourtant, croisant son regard, ils ne voient rien. Elle n'avait pas l'air de ressentir une quelconque haine pour eux et une quelconque joie à les tuer.
Ce qui les fait douter encore plus.
Qui peut bien être cette fille ? Où a t elle appris une telle technique ?
Tant de questions qui resteront certainement sans réponse.
Cependant, malgré la curiosité, la rage prend vite le dessus. Elle avait tué l'un des leurs. Et ça, elle doit le payer.
Les loups sortent tous les crocs, relevant leur babines pour les montrer dans toutes leur blancheur, pointus et prêt à la mettre en pièces.
Mais même cela ne lui fait rien du tout. Ni chaud ni froid.
Deux loups sautent simultanément sur elle, devant et derrière. L'ayant senti, elle attend comme avant le dernier moment afin de garder l'effet de surprise et les empêcher de prévoir ses actions, plie ses genoux et sort à une vitesse hallucinante ses poignards de ses bottines pour les lancer, les yeux rivés vers le sol, entre les deux yeux des deux loups. Leurs corps sans vie retombent au sol dans un bruit sourd.
Elle se relève doucement et regarde les derniers loups restant, on ne peut plus sur leurs gardes. Deux se regardent et l'un part en courant vers le centre de la forêt tandis que le deuxième reporte son attention sur son ennemie.
Vas y, pense t elle. Va chercher ton alpha. Ça m'évitera d'y aller moi même.
Les loups restant resserrent doucement le cercle autour d'elle. Elle prend son arc en main et avant qu'ils n'aient pu attaquer elle le déploie, l'arme et le bande pour lancer ses flèches en rafale.
Un loup, puis deux, puis trois, tombent au sol, la vie les ayant brutalement quittés, une flèche en plein cœur à chaque fois. Sa precision et son absence d'états d'âme feraient froid dans le dos à n'importe qui la croise.
Alors qu'elle allait en tirer une autre, elle sent quelqu'un arriver derrière elle. Elle se retourne vivement et voit un énorme loup noir comme la nuit courir vers elle, les babines retroussées, les oreilles vers l'arrière.
Ce loup n'est autre que l'Alpha Suprême, sa cible. Alpha, qui il y a quelques minutes, était assis dans son fauteuil derrière son bureau à essayer de résoudre les problèmes mineurs au sein de sa meute, avant de perdre un lien avec ses loups brutalement, lui coupant le souffle.
Un de ses loups était mort.
Il se lèva de siège, les dents serrées, rageur. Mais que se passait il donc ?
Il entreprit de sortir de son bureau quand deux autres liens se briserent en même temps.
Bon sang !
Alors qu'il sortait de la maison sous les regards inquiets des membres de sa meute qu'il croisait, ayant ressentis son trouble et sa colère, il enleva son t-shirt et son short qu'il jeta par terre tout en avançant d'un pas déterminé vers la forêt.
Il s'apprêtait à se transformer, lorsqu'un des loups arriva tout essoufflé devant lui. Il tomba à terre et couina avant de lui dire par télépathie, le souffle court.
Un chasseur... Il y a... Un chasseur... Qui a franchi.... La frontière. Il est rentré dans notre territoire.
Des loups sont morts ? Demande t il même s'il connaissait la réponse.
Trois... Pour l'instant. Et le chasseur n'a aucun égratignure.
L'Alpha serre les poings, enragé.
Un chasseur...
Comment cela est il possible ?
N'ont ils pas retenus la leçon qu'il leur a donné il y a quelques années de cela ?
Sûrement pas. Mais ce chasseur n'a pas l'air comme les autres. Pour tuer trois de ses meilleures sentinelles patrouillant prêt de sa frontière, ce ne doit pas être n'importe qui. Se pourrait il que le chef se soit déplacé en personne ? C'est bien possible.
Fou de colère, son loup prend possession de son corps et la métamorphose commence. Ses os se brisent un à un, son corps se courbant dans des positions affreuses, pour s'agrandir et se replacer, avant que de la fourrure ne recouvre entièrement le corps nouveau de l'Alpha.
Cela n'a duré qu'une dizaine de secondes, mais c'est largement assez à un ennemi suffisamment entraîné pour tuer un loup. C'est le seul moment où les loups sont le plus vulnérables, car c'est le seul où ils ne peuvent pas se défendre, pris dans la douleur de leur transformation.
Une fois terminée, il se relève sur ses pattes et grogne.
Le loup messager baisse les yeux et couine avant de s'excuser
Je suis désolé Alpha.
Reste ici. Je te confie les femmes et les enfants.
Les Deltas, tous avec moi ! Hurla t il par le lien de meute, forçant ainsi la transformation de tous les loups concernés.
Il commença à courir vers le lieu où se trouvaient regroupés la dizaine de sentinelles en train de combattre le chasseur, suivis par une centaine de loups, lorsque, l'un après l'autre, trois autre liens de rompent. C'est de trop pour l'Alpha qui accélére la cadence, entièrement sous les contrôle de son loup. Lorsqu'il arrive enfin sur le lieu du combat et qu'il voit six de ses loups au sol, sans vie, il perd toute raison.
Il saute sur le chasseur qui s'apprête à tirer une nouvelle flèche sur le loup en face de lui, et les yeux rouges, les dents sorties et les griffes devant, il est déterminé à le déchiqueter.
C'était sans compter que ce qui allait suivre et auquel il n'était pas du tout préparé...
Le chasseur, ou plutôt la chasseuse, se retourne et leurs yeux se croisent.
Un tourbillon d'émotions enfle en lui. Entre amour, joie, haine et vengeance, il ne sait plus où mettre de la tête.
Ses loups, conscients de son tourment intérieur, arrêtent tous mouvements envers l'ennemie, attendant les ordres de leur supérieur.
Malgré ce qu'il vient de se passer, les images de ses loups tués par cette femme repassent devant ses yeux et sa décision est prise. On verra les explications plus tard. Pour l'instant, le principal est de la mettre hors d'état de nuire afin qu'elle ne fasse pas plus de victime parmis les siens. Il se reprend donc en plein vol, son trouble n'ayant duré qu'une fraction de secondes, et atterrit sur elle violemment, profitant de son trouble à elle aussi, avant qu'elle ne se reprenne.
Ils roulent ensemble dans un entremêlis mélo de poils et de longs cheveux, avant que quand ils s'arrêtent enfin, il ne se retrouve au dessus d'elle.
Elle avait bandé son arc dans la direction du grand loup noir qui court vers elle, prête à mettre un terme à sa vie et ainsi à sa mission. Mais quelque chose l'en empêcha, lorsque leurs yeux se fixent. Ce tourbillon d'émotions qu'elle ressent lorsque cet événement pourtant anodin se produit, en même temps qu'il bondit sur elle. Elle n'a même pas pu profiter de son moment de trouble dans les airs, assaillie par le même sur terre.
Elle n'a pas pu mettre de mot sur ce qu'elle avait ressenti à ce moment là, car elle ne l'avait tout simplement jamais ressenti. C'est tout à fait nouveau pour elle. Elle pensait que jamais elle ne pourrait ressentir autre chose que la peur que son Père lui inspire.
Mais voilà qu'elle sent désormais tout autre chose. Quelque chose de presque agréable, mais bien trop bref pour en être sûre, puisque le loup lui tombe finalement dessus, la gravité terrestre ayant accomplie son œuvre.
Leur regard se croisent à nouveau et c'est comme si le temps n'existe plus. Mais elle se reprend promptement quand elle voit les yeux du loup devenir rouges sang, ce qui est très mauvais signe.
Car cela veut dire que c'est le loup qui contrôle. Et quand un loup, qui plus est un Alpha, prend le contrôle, on dit qu'on est un peu dans la merde...
Car un loup est très bon au combat quand c'est l'animal qui contrôle puisque celui ci connaît la dure loi de la vie qui est celle du plus fort. Se battre est donc un instinct naturel chez eux.
Elle reprend donc ses esprits et avant que le loup ne la morde, lui fait une clé et retourne la situation. Elle se retrouve au dessus de lui. Mais elle n'y reste pas. Vaut mieux être loin de ses crocs meurtriers si elle tient à rester entière. Elle se relève donc rapidement et un peu maladroitement.
Dire qu'elle se laisse avoir par ce moment de trouble. C'est minable. Où sont donc le sang froid et l'indifférence que son Père lui a inculqué à force de coups quand elle en a réellement besoin hein ?!
Dire qu'en plus, c'est un loup qui lui fait perdre ses moyen, c'est le comble !
Que dirait son Père s'il la voyait ? Il entrerait à coup sûr dans une rage folle et elle se prendrai la correction de sa vie, une qu'elle ne risquerait pas d'oublier de sitôt.
Ah la misère ! Et pourquoi pense t elle a ça maintenant hein, on peut lui dire ?
Elle sort un poignard de sa deuxième manche. C'est le dernier qu'elle a. Et son arc n'est pas assez proche, lui ayant été arraché lorsqu'ils ont roulés ensemble.
Ah la poisse ! Pense t elle. J'ai vraiment bien fait de commencer par la mission. Je savais que ça n'allait pas être aussi facile mais que ça merde à ce point ne m'avait même pas effleuré l'esprit.
Elle saute sur le loup qui se relève et il l'évite de justesse.
Ils se tournent autour, une centaine de loups ayant fait un cercle autour d'eux, grognant, mais ne bougeant pas.
Heureusement, car sinon elle ne serait déjà plus de ce monde. Mais pourquoi ne l'achèvent ils pas ? Ce serait pas difficile vu leur nombre et son désavantage puisqu'elle est presque totalement désarmée.
Mais c'est comme si le loup en face d'elle leur en empêchait. Que cherchait il a faire ?
À l'humilier avant de la tuer pour provoquer les autres chasseurs ? Ou tout simplement pour s'amuser à la faire souffrir avant de l'achever pour venger ceux qu'elle a tué ?
Elle ne sait le dire, mais une chose est sûre : elle ne se laissera pas gentiment faire. Elle resserre sa prise sur son petit couteau, déterminée.
Le loup noir grogne et finit par lui sauter dessus. Avant qu'elle ne lui fasse subir la même chose qu'au tout premier loup qu'elle a tué, elle se pousse et reçoit un coup de griffe sur le côté droit.
Pourquoi ?! S'agaçe t elle. Pourquoi je n'arrive pas à le tuer ? Pourquoi ?! Souffle t elle comme un bœuf, se tenant la blessure qui saigne abondamment. Il te tueras sans hésitation alors bouges bordel !
Mais malgré qu'elle s'encourage, elle n'arrive pas à s'imaginer le tuer. Cela lui est inconcevable. Quelque chose d'invisible l'en empêche et elle le maudit intérieurement de tout son être.
Le loup noir s'est arrêté de grogner, comme conscient de son tourment. Il attend que ça se passe. Ce serait tellement facile de l'achever à ce moment là. Mais c'est comme si lui aussi savait qu'elle ne pouvait le tuer.
-Fais chier ! Râle t elle à voix haute avant de tourner les talons et de détaler comme un lapin. Ce sera pour une autre fois.
Malheureusement pour elle, le loup noir n'a pas l'air de cet avis, bien décidé à ne pas la laisser fuir.
Tu ne m'échappera pas, chasseuse ! L'entend elle par télépathie avant de l'étendre hurler et sentir le sol trembler sous les nombreuses galopades qui la suivent de près.
Elle court du mieux qu'elle le peut, se tenant le côté d'une main et le poignard toujours d'une autre.
Mais ses foulées diminuent tandis que les souffles des loups se rapprochent d'elle à une vitesse phénoménale.
Tant pis ! Va falloir que j'essaie, malgré que je ne l'ai jamais fait en dehors de mon territoire... Pense t elle.
Elle continue à courir, puis prend appui sur ses deux jambes avant de lâcher l'impulsion prise. Elle quitte à peine le sol de deux centimètres, s'apprêtant à atterrir sur la branche désirée à trois mètres du sol, quand une mâchoire se referme sur sa cheville gauche, la ramenant durement sur terre. Elle hurle en même temps qu'elle s'affale sur le sol.
Les loups l'ont rattrapée.
Ils l'encerclent.
Elle n'a même plus la force de lutter.
Elle a perdu, et elle le sait.
À bout, elle se laisse aller aux ténèbres qui menacent de l'engloutir. Et juste avant qu'elle n'y sombre totalement, elle a le temps d'apercevoir le grand loup noir s'approcher d'elle, et ses yeux dont le rouge a disparu qu'elle prend le temps d'observer, hypnotisée...