PROLOGUE :
Cel : A ce soir bébé
Moi : à ce soir, puce
Cel : tu passeras me chercher ou pas ?
Moi : vaut mieux pas, je veux dire que je ne sais exactement à quelle heure je finirais.
Cel : ok
Moi : voilà, tu passeras me laisser la clé de la maison au service
Cel : ok, dit-elle tristement
Je m'avance vers elle et lui fait la bise, elle veut mettre ses bras autour de mon cou mais j'esquive et sors rapidement de la maison. Je me dirige à grands pas vers la voiture que je débloque et entre avant d'amorcer la marche arrière.
Le trajet de la maison jusqu'au boulot s'est fait sans encombre même si j'avoue que je me suis fait quelques petites frayeurs en prenant la route qui passe devant la faculté des lettres. Je suis un peu pensif, je ne sais vraiment quoi penser de la relation que j'entretiens avec Celanie depuis près de deux ans.
Nous nous sommes rencontrés lors d'une de ces fameuses journées porte-ouvertes que donne très souvent la faculté de Médecine. Elle paraissait perdue au milieu de tous ses congénères, elle avait l'air d'un animal blessé ; elle était tantôt exubérante, tantôt silencieuse et affichait un sourire de circonstance. Dans ses yeux, l'on pouvait lire toute la tristesse et la peine du monde.
Je ne sais pourquoi mais je fus tenté de l'aborder, j'avais envie de voir le sourire sur son visage, j'avais envie de la voir s'animer ; malgré son sourire feint, j'eus envie de l''entendre rire. Est-ce ma propension à ressentir la détresse et la douleur chez l'autre ? Est-ce sa beauté ? Je ne saurais vraiment dire mais je ressentais le besoin de m'approcher d'elle et lui venir en aide.
***Presque deux ans auparavant****
Moi : Bonjour mademoiselle
« Bonjour monsieur »
Moi : j'espère ne pas vous déranger
« Euh...dit-elle en me dévisageant »
Moi : si je vous dérange, je peux vous laisser tranquille.
« Oh non, non » dit-elle en me faisant un sourire encourageant.
Moi : je vous observe depuis un moment et j'ai l'impression que vous êtes perdu, vous paraissez vraiment triste j'avais envie de vous égailler un tout petit peu.
Cel : oh !
Moi : je suis Angel, enchanté !
Cel : moi de même, Celanie.
Moi : très beau prénom et il vous va bien.
Cel : merci
Moi : que faites-vous ici ?
Cel : je suis en Première année en fac de médecine, il nous a été demandé de venir. Certains parmi nous, ont vu là une formidable occasion d'approcher les cadres de l'hôpital et l'opportunité de rencontrer d'autres personnalités.
Moi : je vois
Cel : et vous ?
Moi : je passais lorsque je vous ai aperçu
Cel : ah, ok. Que faites-vous dans la vie ?
Moi : ah oui, oui, j'ai carrément fais l'impasse c'est vrai. Je suis aide-soignant dans cet hôpital.
Cel : ah bon ?
Moi : mais oui
Cel : eh ben..
Moi : je peux vous le redire si je suis sure que vous me gratifierez à chaque fois d'un sourire aussi lumineux.
Cel : hi hi hi, juste que cela fait du bien de rencontrer une personne du corps médical.
Moi : je ne suis pas un illustre personnage mais juste un aide-soignant.
Cel : vous en parlez comme si vous étiez un personnage insignifiant alors que vous êtes aussi un maillon important de la chaine.
Moi : merci, si vous le dites.
Cel : et je le pense !
Moi : pourquoi ce sourire triste ?
Cel : pardon ?
Moi : je ne sais pas ce que vous avez ou ce qui vous met dans cet état mais vous perdez beaucoup en éclat.
Cel : oh !
Moi : peut-on se tutoyer ?
Cel : ou, bien sure.
Moi : de quel pays es-tu originaire ?
Cel : du Cameroun
Moi : une compatriote !
Cel : oh !
Moi : mais oui, je suis vraiment content d'être sorti de mon lit ce matin.
Cel : ha ha ha ha ha
Moi : j'aime ce sourire, tu es très belle.
Cel : je préfère le dire, je sors à peine d'une relation ; j'en suis encore ébranlée.
Moi : humm, ceci explique cela.
Cel : je ne peux rien envisager avec quiconque pour le moment.
Moi : ceci a le mérite d'être clair.
Cel : voilà.
Moi : alors Beti ?
Cel : mais oui et toi ?
Moi : aussi
Cel : alors depuis combien de temps es-tu en France ?
Moi : j'y suis depuis 8 ans aujourd'hui
Cel : tu travailles depuis combien de temps ?
Moi : deux ans et toi ?
Cel : je suis née ici et j'ai toujours vécu ici.
Moi : ok
Cel : euh..
Moi : oui
Cel : tu as quel âge ? Tu n'es pas obligé d'y répondre.
Moi : j'ai 28 ans et toi ?
Cel : 20 ans
Moi : ok
C'est ainsi que Celanie et moi, avions commencé à converser et par la même occasion à tisser une relation qui s'est développée avec le temps. Ladite relation fut d'abord celle de deux amis, avant de passer par la case complices et aboutir à celle d'amants.
J'ai appris à la connaitre au fur et à mesure, je ne regrette en rien mon choix. Elle n'est certes pas miss Monde mais j'aime bien sa vivacité d'esprit, sa pugnacité et la naïveté dont elle fait relativement preuve.
Tout allait bien jusqu'à ce qu'ils fassent leur entrée dans nos vies, c'est dans ces moments là que je me dis que le don de voyance peut être utile. Si seulement c'était le seul élément perturbateur, « elle » s'entêtait à vouloir me mettre cette idée dans la tête ; ceux qui la connaissent savent qu'elle peut parfois être une adversaire redoutable.
Si seulement j'avais pris une autre décision, si seulement je pouvais me détacher de « cet amour »,si je ...si je...mais avec des si, on mettrait Paris en bouteille.
Partie 1 : Dans le bain...
Moi : monsieur Dupont, comment vous sentez-vous aujourd'hui ?
Dup : ça peut aller mais j'ai des rhumatismes.
Moi : comment avez-vous passé la nuit ?
Dup : bien et vous ?
Moi : ça peut aller
Je fais le tour du service avec le docteur et l'équipe de nuit, je prends connaissance des rapports de nuit, les incidents qui ont pu avoir lieu et des différents paramètres inhérents à la santé de chaque malade. Une petite réunion a lieu dans le bureau de l'infirmier-cadre en compagnie des autres internes puis, la journée peut enfin commencer.
Les heures s'égrainent, se suivent mais ne se ressemblent pas ; il y a toujours un imprévu, toujours une montée d'adrénaline due à l'arrivée de nouveaux patients, des urgences. Dans mon métier nous sanctifions et bénissons la dimension humaine, la tolérance, la patience et l'amour de l'autre sont cultivées.
« Bonjour monsieur »
Moi : oui mademoiselle, en quoi puis-je vous aider ?
« Suis-je bien au service pédiatrique ? »
Moi : non, plutôt au service Gériatrique.
« Pardon ? »
Moi : La gériatrie étant la médecine des personnes âgées.
« Ah oui, je vois. »
Moi : Voilà, prenez l'ascenseur B puis la sortie A et vous vous retrouverez sous le préau.
« Merci »
Moi : attendez, vous êtes à pieds ?
« Non en voiture »
Moi : vous contournez puis descendez jusqu'au rond point et prenez à votre gauche, vous allez à l'hôpital mère-enfant.
« Merci, monsieur »
Moi : je vous en prie
Je rejoins la salle de restauration ou je retrouve mes collègues avec qui je discute après avoir travaillé pendant 4 heures non stop. Je suis exténué, on a beau croire que l'on est vacciné, que la couverture, la cuirasse que l'on s'est forgée est imperméable, mais non. L'on croit pouvoir maitriser ses émotions face à la misère, la déchéance humaine, mais ce n'est qu'illusion.
Ce matin, j'ai du voir un homme souffrant de pleurésie s'éteindre à petits feux. Cet homme de 74 ans a expiré devant mes yeux et ceux de sa fille venue lui rendre visite. Nous, le corps médical avons pour habitude d'activer un pare-feu psychologique pendant ce long et douloureux processus.
J'ai du puiser dans mes réserves afin d'emmener la fille du défunt à comprendre, réaliser et permettre que le corps de son père soit emmené à la morgue. Comment rester impassible devant la détresse de sa fille ? Comment rester impassible devant la douleur et la fragilité de sa fille ? Je n'ai jusqu'ici pas trouvé une réponse adéquate, une réponse que je puisse adapter et servir à tous les proches des malades.
Je suis d'ailleurs resté coi devant la jeune fille qui avait les yeux pleins de larmes, les mains qui tremblaient et le menton qui montait et redescendait approximativement toutes les deux minutes, signe d'une certaine fragilité émotionnelle ; elle s'est tournée vers moi avec des yeux de biche.
« Comment faites-vous ? Nous savions depuis un moment qu'il pouvait trépasser, nous nous sommes préparés psychologiquement du mieux que nous le pouvions mais c'est toujours aussi difficile. »
Moi : je vous comprends, on n'est jamais prêt à voir un de nos proches s'en aller.
« Comment faites-vous pour rester aussi détaché ? Comment faites-vous pour paraitre aussi professionnel ? Comment faites-vous pour accepter que la dame faucheuse se promène aussi facilement en se vantant dans cet hôpital ? Pour quoi acceptez-vous qu'elle se pavane telle une reine dans les couloirs de votre service ? »
Moi : on n'accepte pas, on ne se résout jamais à laisser partir un être qui nous soit cher ou pas. Pour en revenir à votre question, tout réside dans le paraitre et après l'on fait un travail sur soi à la fin de chaque journée ; généralement en sortant de l'hôpital, on redevient un homme x ou y, l'aide-soignant ou le personnel hospitalier s'arrête dès qu'on franchit le seuil de cet hôpital.
« Les images ? »
Moi : Nous en sommes hantés pendant quelques jours, on prend le soin de compartimenter ; on met dans un tiroir dans un coin de notre tête que l'on prend soin de ne jamais ouvrir. Je vous souhaite du courage, vous devez vous rendre à l'accueil afin de vous occuper de la paperasse.
« Merci, encore. »
Moi : de rien et bonne journée.
1 heure plus tard, je sors de l'hôpital en faisant une petite prière. Je prends la voiture et au moment où je mets la clé de contact, mon téléphone vibre ; j'esquisse un sourire puis décroche.
Moi : oui, bébé
Cel : as-tu terminé ?
Moi : oui, à peine.
Cel : ok, comment a été la journée ?
Moi : exténuante
Cel : Oh, je vois mon bébé, tu rentres et je vais te masser.
Moi : merci amour, c'est l'une des raisons pour laquelle, tu es irremplaçable.
Cel : très drôle
Moi : et ta journée ?
Cel : les cours en plus de la pratique, je suis fatiguée mais j'ai pu me reposer.
Moi : ok
Cel : je t'envoie la liste de tout ce qu'il faut par sms ?
Moi : oui, bien sure.
Cel : désolée de te faire travailler alors que tu sors à peine du boulot.
Moi : ce n'est pas grave.
Cel : à tout à l'heure et courage.
Une heure plus tard, je gare devant la maison, je bloque les portières et rentre dans l'immeuble tout confiant. Celanie et moi, passons le plus clair de notre temps dans l'appartement de l'un ou l'autre. Je ne pensais pas m'attacher aussi vite à Celanie, mais que puis-je donc y faire ?
Je rentre dans l'appartement en faisant le moins de bruit possible, Celanie est dans un coin de mon séjour entrain de réviser. Je vais déposer les courses que je range assez vite dans la cuisine et vais lui faire un bisou auquel, elle répond machinalement.
Moi : ca va ?
Cel : oui et toi ?
Moi : ca peut aller.
Cel : j'ai cuisiné
Moi : ah bon ? Dis-je en en salivant d'avance
Cel : mais oui, tout est à la cuisine
Moi : ok
Je cours, que dis-je ? Je vole, je rentre dans la cuisine et ouvre rapidement les marmites. Dans la première, je trouve des frites de plantains ou ce qu'ils sont sensés être. Dans la deuxième marmite, je vois du cassoulet, cette espèce de sauce avec haricots et saucisses au gout bizarre que l'on retrouve dans tous les magasins.
Je referme la marmite tout dépité, l'envie que j'avais à m'assoir devant la télévision à déguster un bon plat venait juste de s'envoler. Je m'accoude sur le plan de travail et je ressens une douleur fugace au coude. Je me retourne et constate que ce n'est ni plus ni moins que l'outil préféré de cuisine de Célanie : l'ouvre-boite.
Je vais prendre une douche rapide et reviens m'assoir au salon, je mets la télévision et regarde sans voir, l'esprit ailleurs.
Cel : c'est quoi ce regard ?
Moi : pardon ?
Cel : tu parais embêté
Moi : c'est rien
Cel : as-tu mangé ?
Moi : je n'ai pas faim
Cel : tu n'as pas mangé de la journée, m'as-tu dit.
Moi : ah oui ?
Cel : c'est quoi cette réponse sibylline ?
Moi : je n'ai pas faim
Cel : mais c'est bon, tu peux manger, attends je vais te servir
Moi : non, Célanie ça peut aller.
Je ne sais combien de fois j'ai du la rappeler à l'ordre pour lui faire comprendre que je suis allergique à tout ce qui est boite, j'en ai horreur. J'ai été élevé à la nourriture de maman, ma mère nous a toujours fait de bons petits plats à base de produits frais ; j'ai du apprendre à faire la cuisine et j'ai toujours pensé que j'aurais la chance de tomber sur une femme qui pourrait me mitonner de bons petits plats.
Cel : attends, je vais te faire une omelette
Elle n'attend aucune réponse de ma part et s'en va en cuisine pour revenir 10 mn plus tard avec un plateau-repas qu'elle dépose devant moi un sourire aux lèvres. Je le prends après avoir remercié et y goutte, l'omelette est caoutchouteuse, je m'efforce à avaler chaque bouchée pour lui faire plaisir, c'est immonde. Je me rattrape sur les frites de plantains et arrose le tout d'un jus d'orange.
Cel : alors ?
Moi : c'était bon
Cel : merci mon bébé
Je me lève après quelques minutes et vais prendre les clés de voiture, j'ai besoin de sortir et m'oxygéner l'esprit. Je fais un tour rapide au kébab du coin, je mange un bout rentre rapidement à la maison. Celanie n'est plus entrain d'étudier mais plutôt dans la douche, je me couche et quelques minutes plus tard, je n'entends plus l'eau couler et la porte de la salle de bain s'ouvre.
Je suis réveillé par Célanie qui a besoin d'un câlin, quinze minutes plus tard, la tache acquittée je peux enfin m'endormir. J'ai juste envie de m'endormir, j'ai juste envie de me barrer d'ici. Celanie après un tour dans la salle de bain, vient se coller à moi et pose sa tête sur mon torse.
Cel : je t'aime Angel.
Moi :....
***QUELQUES HEURES PLUS TARD****
Il est 6 heures du matin, je suis sous la douche lorsque des coups légers sont frappés sur la porte de la salle de bain.
Moi : entrez !
Cel : chéri, c'est pour toi dit-elle en me tendant le portable.
Je me sèche rapidement puis prends pendant qu'elle sort et referme bien derrière elle.
Moi : oui allo
« Tu y as pensé ? »
Moi :...
« Angel ? »
Moi : oui
« Alors ? »
Moi : ce n'est pas une bonne idée, tu sais.
« Qu'est ce qui t'empêche d'essayer ? »
Moi : .....
« Je suis mieux placée pour savoir comment te rendre heureux. »
Moi : non
« Ok, laissons tomber, quand passeras-tu me voir ? »
Moi : je ne sais pas, il me faut programmer tout ça.
« Ok, mais ne tarde pas ; arrange toi à être là dans trois mois sinon, j'aviserais. »
Moi : pourquoi es-tu si précise ?
« Tu verras... »
Partie 2 : Cora
A chaque fois que je l'ai au téléphone, je suis content d'entendre sa voix mais suis tout de suite refroidi par sa ténacité, elle tient vraiment à aller au bout. J'espère qu'elle a cette fois compris que je n'aime pas que l'on me force la main ; je n'aime pas être manipulé.
Je sors de la salle de bain, j'évalue rapidement l'état de la chambre, je vais devoir ranger pendant 5 bonnes minutes. Avant de m'habiller j'ouvre les volets, je secoue les draps, refais le lit et ramasse les vêtements éparpillés dans la chambre, ceux de Célanie ; un rapide coup d'œil dans notre penderie me fait savoir que là aussi, je vais devoir y passer.
Moi : chérie ?
Cel : oui, bébé
Moi : tu sais qu'il y a un panier pour tes sous-vêtements usagers ?
Cel : ah oui, oui, désolée.
Moi : qu'est ce que c'est ?
Cel : quoi ?
Moi : mais ceci dis-je en lui montrant ce qui ressemblait à un bâton trainant par là.
Cel : Oh oui, mon tampon..euh..désolée..
Moi : tu devrais faire attention, ce n'est pas plaisant de devoir à chaque fois ranger après toi. J'ai beau aimé faire l'amour avec toi mais devoir toucher à tes sous-vêtements usagers, non et non.
Cel : c'est compris, c'est juste un oubli
Moi : qui a tendance à devenir répétitif
Cel :....
Elle prend un air contrit et ramasse ses sous-vêtements à la hâte, elle va s'enfermer dans la salle de bain pendant quelques minutes ; elle pleure encore mais là, je n'ai vraiment pas le temps de voler à son secours. Je mets rapidement la crème et m'habille, je descends prendre un bol de céréales mais elle n'est toujours pas là.
Lorsque j'ai terminé, je vais toquer à la porte de la salle de bain ; je pousse la porte et la retrouve accroupie, dans un coin de la salle de bain.
Moi : chérie,
Cel :...
Moi : je suis désolé, je reconnais avoir été dur avec les mots
Cel : ...
Moi : pardonne-moi
Cel : ....
Moi : ce n'est pas pour autant que tu te mettras dans cet état dis-je en essuyant les larmes qui coulent maintenant sur ses joues
Cel : sniff...ok
Moi : je te demande juste d'être un peu plus ordonné
Cel : ok
Moi : allez, vient maintenant sinon, nous serons en retard.
Cel : ok
Nous sortons et nous arrêtons à la boulangerie ou elle prend des viennoiseries et mange tout le long du trajet. Celanie est une belle jeune femme, coquette à tous points de vue, le hic réside dans le fait qu'elle ne soit ni un cordon bleu, ni une fée du logis ; elle ne sait pratiquement rien faire de ses mains.
Je suis sensé prendre tout en mains à la maison, ménage, cuisine et courses. J'aimerais moi aussi rentrer un soir à la maison, trouver un repas digne de ce nom, une femme qui puisse me masser les pieds, me couler un bain chaud et soit prête à satisfaire tous mes désirs.
Cel : je suis tout excitée ce matin
Moi : pourquoi ?
Cel : nous irons faire un tour au service chirurgie, je vais pouvoir assister à une opération même si ce sera derrière un verre teint.
Moi : je vois
Cel : oui, j'en ai rêvé
Moi : tu as l'air passionné par la chirurgie, tu t'es décidé à en faire plus tard ta spécialisation ?
Cel : j'y pense de plus en plus
Moi : ok
Une demi-heure plus tard, nous arrivons devant la faculté de médecine de Limoges, elle descend et moi je vais garer avant de me diriger vers mon service d'un pas alerte. Je suis tout de même content d'arriver ici chaque matin, de me dévouer corps et âme aux autres, je suis juste utile à la société ; je fais partie de ceux qui se lèvent tôt.
En passant devant le vestiaire des filles, je vois Cora une grande perche blonde sort et me regarde fixement avant de disparaitre derrière un couloir en se déhanchant ce qui m'arrache un sourire.
La journée se passe relativement bien, je suis entrain de débloquer ma voiture lorsque je vois son reflet sur la vitre de la voiture. Elle parait timide, elle enroule une de ses mèches autour du doigt avant de s'avancer vers moi.
Cor : euh...j'ai un problème avec ma voiture, pourrais-tu me déposer ?
Moi : pourquoi pas ?
Cor : merci, c'est gentil à toi.
Moi : merci Angel suffira
Cor : ok
Moi : allez, grimpe.
Nous sommes sur le chemin et la discussion va bon train, je m'engage sur le périphérique et vais vers la cité Dautry lorsque Cora pose nonchalamment une main sur ma cuisse. Je fais mine de ne rien voir et un quart d'heure plus tard, nous sommes au bas de son immeuble.
Cor : tu montes prendre un café ?
Moi : non, je ne crois pas que ce soit une bonne idée Cora.
Cor : je ne demande pas une implication émotionnelle, juste une relation physique.
Moi : tu es directe, toi.
Cor : pourquoi faire semblant ? Je sais que je te plais.
Moi : je ne sais pas trop
Cor : ok, voilà mon numéro de téléphone dit-elle en écrivant sur ma paume de main avec un feutre.
Elle sort laissant derrière elle un léger parfum de roses, je démarre lorsqu'elle est rentrée dans son immeuble. Au lieu de rentrer, je vais faire un tour chez un couple de compatriotes ; l'accueil est chaleureux.
Ger : c'est comment ?
Moi : je suis là et toi ?
Ger : le travail, dis donc
Moi : ou est madame ?
Ger : chez une de ses copines, tu sais qu'elles ont besoin au moins d'une heure par semaine pour le congossa.
Moi : kia kia kia Germain, c'est méchant
Ger : est-ce que je mens ?
Moi : vous avez préparé quoi ici ?
Ger : le ndomba de porc-épic avec des plantains vapeurs.
Moi : vient avec tara
Ger : krkrkrk, tu ne devrais pas rentrer retrouver madame ?
Moi : si si
Ger : humm
Moi : quoi, je gène ?
Ger : non, tu es toujours le bienvenu ici
Moi : huhumm
Ger : cela ne s'arrange toujours pas ?
Moi : non, je ne sais plus quoi faire ; j'ai parfois l'impression de vivre avec une enfant.
Ger : il ne faut juste pas prendre une décision à la hâte, vous avez essayé de dialoguer ?
Moi : oui, mais c'est un éternel recommencement
Ger : je te comprends
Moi : je ne sais pas,
Ger : humm
Moi : j'ai oublié de te dire,
Ger : raconte
Moi : Cora m'a fait du rentre-dedans
Ger : oh
Moi : comme je te dis là
Ger : mais tu fais comment ?
Moi : je vais en profiter, elle a été clair, juste une relation physique.
Ger : je ne vois pas le problème si elle veut t'utiliser, est-ce que tu fabriques l'autre ?
Moi : je ne sais pas, je verrais
Ger : et pour la proposition ?
Moi : je ne crois pas que ce soit la solution
Ger : mais elle peut aussi avoir raison
Moi : tu crois ?
Ger : mais oui Angel.
Moi : tu t'en sors bien, toi
Ger : oui mais c'est rare tout de même
Moi : non, je suis contre
Ger : elle ne sait rien faire, tu penses pouvoir supporter ?
Moi : je ne sais pas
Ger : pensez-y.
Moi : ok
****UN MOIS PLUS TARD****
Moi : bébé, je suis de garde aujourd'hui ; je dois vraiment y aller.
Cel : ok, fait attention à toi et appelle moi dès que tu peux
Moi : ok
Je sors de la maison et une demi-heure plus tard, je sonne et n'ai que 5 minutes à attendre avant de voir sa magnifique bouille. A peine, la porte est-elle ouverte qu'elle se jette dans mes bras et m'embrasse goulument ; j'observe un certain de réaction avant de réaliser.
Moi : la chambre est de quel coté ?
Cor : la première porte à droite
Moi : ok
Oui, je sais que je vais en dégoutter plus d'une mais la vie doit continuer ; un cadeau reste un cadeau. Du moment ou Célanie ne le sait pas ou est le problème ? Du moment où je rentre le soir, à qui est-ce que je fais du mal ? Un peu d'excitation dans ma petite vie ne serait je crois, de trop.
Partie 3 : Une entrée en la matière...
Cela fait deux mois que Cora et moi entretenons une relation secrète, j'ai du me réorganiser ; nous avons du Cora et moi, accorder nos emplois de temps. La vie ou les problèmes que Celanie et moi rencontrions à la maison ne sont plus qu'un lointain souvenir, j'accomplis machinalement mon devoir tout en pensant aux formes voluptueuses de Cora.
J'apprécie par-dessus tout, les attentions qu'elle me porte. J'aime bien la cuisine qu'elle me fait, l'ordre et l'accueil de son toit. Ce soir là, Celanie et moi avions décidé d'aller danser en boite de nuit. Nous y étions depuis plus de deux heures lorsque je sens un regard insistant sur ma personne, je lève les yeux et tombe sur le regard noir de Cora.
Celanie qui n'a rien raté du spectacle, me demande s'il y avait un problème, ce à quoi je dis non. Je me lève pour faire un tour aux toilettes et laisse Celanie avec mes effets, Cora m'y rejoins quelques minutes plus tard, je croise une Cora qui semble courroucée.
Cor : tu as une copine ?
Moi : tu n'as aucune question à poser, tu n'en as pas le droit.
Cor : mais cela fait plus de deux mois que nous avons des relations sexuelles
Moi : et alors ? Avons-nous signé un contrat d'exclusivité ?
Cor : non, mais pour moi c'était tout comme.
Moi : tu m'as bien dit « pas d'implication émotionnelle juste une relation physique me semble t'il.
Cor : c'est vrai mais...
Moi : il n'y a pas de « mais » qui tienne
Cor : Angel, pourquoi le fais-tu ? Pourquoi te comportes-tu ainsi avec moi ?
Moi : navré mais je n'ai rien à me reprocher
Cor : ok, dit-elle en essuyant rageusement les larmes qui coulent sur son visage
Je vais rejoindre Celanie qui discute avec des amies et quelques heures plus tard, nous sommes de retour à la maison. Avec Celanie tout a changé depuis ce soir là, je ne l'ai constaté que peu de temps après. Le changement s'est fait certes avec beaucoup de retard, à petits pas mais il était quand même là.
Celanie s'attelait à devenir la femme parfaite, la femme que tout homme souhaite avoir, la chambre à coucher était désormais bien rangé, la cuisine malgré tous les efforts consentis, non mangeable ; je ne savais à quoi tout cela était du mais je me frottais juste les mains.
Deux semaines après, nous étions vendredi matin ; j'étais juste entrain de me garer lorsque mon téléphone vibre, je regarde discrètement le numéro qui s'inscrit, c'est celui du Cameroun. Je décroche avec beaucoup de réticence mais je décroche tout de même.
Moi : allo
« Bonjour Angie, c'est tata Louise »
Moi : ah oui, bonjour tata comment ça va ?
« Je vais bien, n'est ce pas tu nous as oublié ? »
Moi : eukiéééé, comment tu peux dire ça, je suis là mais le travail me fatigue ; j'ai à peine le temps de respirer et me reposer.
« Même pas un coup de fil à ta tante, 5 ans aujourd'hui mon petit ; tu n'es pas sérieux, tu penses seulement à appeler ta mère. »
Moi : pardon ooo tata, pardon seulement, il faut m'excuser.
« Hummm »
Moi : comment vont ton mari et les enfants ?
« Ils vont bien, merci »
Moi : ok
« Bon, il faut que je parle sinon mon crédit va finir maintenant. »
Moi : tu veux que je te rappelle ?
« Oui, rappelle alors »
Elle raccroche, je respire un bon coup et lance l'appel.
Moi : c'est moi, tata
«Dit moi, »
Moi : oui, tata
« Tu as un peu de temps libre demain ? »
Moi : pourquoi ?
« Il faudrait que tu montes à paris dès ce soir, il faut que tu t'arranges comme tu peux et y être demain au plus tard à 7 heures du matin.
Moi : pourquoi, je travaille demain soir.
« Ta mère prend le vol de 23 heures ce soir et arrivera vers 7 heures. »
Moi : pourquoi ne m'a-t-elle rien dit ?
« C'est sensé être une surprise, tu n'es pas sensé le savoir »
Moi : ok
« Je t'enverrais tous les renseignements utiles par sms mais il faut aller chercher ta mère à l'aéroport. »
Moi : ok
« Angel, »
Moi : oui, tata
« Tu es un grand garçon, je sais que tu sauras prendre la décision qui s'impose. Je sais qu'il est parfois difficile d'accepter, de concevoir certains aspects de la vie mais il faut savoir ouvrir son esprit et ratisser large. »
Moi : tata, je ne comprends rien à ce que tu racontes
« Cela viendra, mon petit. Garde juste à l'esprit que ce n'est pas forcement négatif, tu m'as écouté j'espère. »
Moi : oui tata, tu ne peux être plus explicite ?
« Non, c'est à ta mère de t'en parler si elle le souhaite. Il aurait été souhaitable que tu te déplaces mais cela ne fut pas possible, tu t'es montré un brin laxiste. »
Moi : maman m'a fait une proposition mais j'ai déjà dit non
« Je sais, j'ai essayé de te comprendre ; j'ai essayé de me mettre à ta place, je sais que c'est difficile mais nous ne voulons que ton bien.
Moi : humm
« Tu es le seul fils, la seule trace sur terre que nous a laissé mon feu frère. C'est toi qui pérennisera le nom de notre frère, nous ferons tout pour que soit faite selon sa volonté. »
Moi :...
« Promet moi juste que tu essaieras de jouer le jeu, je ne sais pourquoi du comment mais j'espère juste que tu essaieras de jouer le jeu. »
Moi : tata, je suis un peu fatigué de tout ça. Je ne demande qu'à avoir une vie simple, une vie sans complications.
« Angel, du courage. »
Moi : humm, merci tata.
« N'oublie pas d'aller récupérer ta mère à Paris. »
Moi : ok et bonne journée tata.
Je sens une migraine poindre, ma journée commence vraiment mal, j'ai juste envie de me défouler. La vie s'évertue parfois à nous jouer des tours vous ne savez surement qui je suis, c'est aussi vrai que je ne me suis pas présenté ; je vais le faire, donnez moi juste le temps de respirer.
Je vais prendre la relève de l'équipe de nuit et travaille de façon automatique car mes pensées sont auprès de ma chère mère. Je ne sais exactement à quoi tout ceci rime mais je sens que tout cela aura une certaine incidence sur ma vie. J'arrive et commence à peine à jouir des bienfaits de la vie qu'il faille déjà sacrifier ma tranquillité.
Je travaille et à midi, Celanie me rejoint au restaurant Universitaire. Je suis fière d'elle, je fais mine de ne pas voir les regards envieux de certains collègues et de certains de ses camarades. Elle me rejoint à ma table et me fait un bisou sonore sur la joue, ce qui a le don de me faire sourire ; je pose ma main sur la sienne.
Moi : je ne sais à quoi est du tout ce changement mais j'en suis heureux
Cel : de quoi parles-tu ?
Moi : des efforts que tu fais pour me faire plaisir
Cel : c'est normal chéri, je ne suis peut-être pas une fée du logis ou une cuisinière hors pair mais je t'aime.
Moi : je t'apprécie moi aussi.
Je vois une lueur de tristesse dans son regard, vous pouvez me traiter de sans cœur mais je dis ce que je pense ; je ne peux dire ce que je ne ressens vraiment pas. Je fais une pression sur sa main, je crois voir son regard s'embuer ; j'ai juste un pincement au cœur.
Cel : ta matinée a été bonne ?
Moi : oui, merci et toi ?
Cel : ca peut aller. Angel,
Moi : oui, bébé
Cel : m'aimes-tu ?
Moi : Celanie, je t'apprécie et apprends à t'aimer.
Cel : peut-être faudrait-il prendre nos distances
Moi : pourquoi ?
Cel : je ne sais pas moi, tu ne sais apparemment pas ou tu en es.
Moi : Celanie, donne nous un peu de temps ; cela fait à peine deux ans que nous nous connaissons, je trouve que c'est encore trop tôt.
Cel :...
Moi : tu es en 3ième année de fac de médecine, on a encore la vie devant nous, à quoi bon courir ?
Cel : humm
Moi : au fait chérie,
Cel : oui
Moi : ma mère effectuera un séjour parmi nous
Cel : ah bon ? Mais c'est bien, je vais enfin la rencontrer
Moi : voilà, je vais aller sur paris dès ce soir. Je vais dormir chez un ami sur place et je la récupère demain matin.
Cel : ok, je vais donc faire un petit ménage à la maison et vider notre chambre ; nous dormirons au salon.
Moi : ok et chérie,
Cel : oui
Moi : merci
Cel : je vais devoir y aller, tu fais un bon voyage
Moi : merci mon cœur.
5 heures plus tard après avoir fait un détour par la maison pour prendre des vêtements de rechange, je me mettais enfin en route pour la ville-lumière.
Si seulement je savais que c'était là, le début d'une tumultueuse aventure...