Marielle a trinqué et célébré cette nouvelle victoire avec son époux. Il était de coutume dans les affaires de la famille Leuillet de racheter des entreprises prêtes à sombrer pour ensuite s'accaparer de tout et évincer leur propriétaires de base sans indemnité, à l'aide de contrat frauduleusement rédigés. C'est de là que venait leur immense fortune. Charles avait depuis un certain temps ciblé la papeterie d'envergure internationale des Desmond et elle n'était pas la dernière entreprise dans sa tête de liste. Ses objectifs demeuraient aussi exagérés les uns que les autres.
Plus l'adversaire était réticent, mieux il aimait. C'était un Challenger, un homme plutôt chaleureux, mais extrêmement mercantile. Et son fils héritier, Bertrand Leuillet, avait hérité de toutes ses stratégies de business dans une assiduité irréprochable. Il faisait tout ce que son père lui demandait pour garder le flambeau familial toujours haut et luisant.
Avec l'annonce de Dave auprès des proches amis et collègues-employés lors de sa réception hors du commun, Charles avait compris grâce à un de ses hommes mandaté sur le lieu de réception, qu'il était dans le besoin et que le moment était venu de frapper. Réussir à dévorer une de plus, par habitude, ne devait pas être difficile. Il avait besoin d'une nouvelle bru . Une femme sans histoire et conquérente. Tout l'opposé de Makenzi, l'ex-fiancée de son fils, pour sa famille. Il ne l'avait jamais apprécié, mais avait voulu faire confiance à son unique fils pour un premier essai. La même période, son gestionnaire de portefeuille le plus important venait de lui remettre sa démission pour une raison que Charles jugeait farfelue; et il s'est avéré que l'une des meilleures dans la ville soit par le plus grand des hasards et des avantages, la fille de l'homme dont il désirait l'entreprise. C'est à partir de ce moment qu'il a mené une enquête sur les deux personnes, avant de donner son aval pour le coup de fil décisif qui scellera leur destin. Charles a enlacé son épouse. Il a tenté de la rassurer sur le choix de sa belle-fille.
_ J'ai partagé quelques tables avec son père. Tu seras surprise de le voir, tout l'opposé de sa fille. Cet homme est sans personnalité. Ça ne nous prendra que trop peu de temps pour le sortir du jeu.
_ Makenzi aussi était une fille avec une forte personnalité. Elle me manque tu sais ? J'ai encore du mal à me faire à l'idée qu'elle aie pu nous faire ça...
Ces propos n'ont pas enchanté Charles.
_ Elle manipulait mon fils. Celle-ci ne le fera pas. J'en suis certain. Je trouverai des moyens pour qu'elle s'oppose à son père...
_ Tiens. Tu n'as pas fait allusion à sa mère depuis le début. Qui c'est ?
_Oh, je ne m'y suis pas réellement attardé. Nous le saurons tous ensemble dans quelques jours. Je ne m'intéresse qu'au propriétaire et ou PDG des structures. L'as-tu oublié ?
Marielle lui a donné un baiser profond.
_ Peu importe. Je te fais totalement confiance Charles. Dans peu de temps, nous aurons encore plus d'argent . Tu m'offrira enfin mon collier de diamants. N'est-ce pas ?
Charles lui a caressé la joue. Elle est retournée à son bureau à Chantonnant silencieusement et en sirotant son champagne en plein neuf heures du matin. Comme sa sœur Valérie, Marielle avait l'habitude de célébrer une bonne nouvelle avec un verre à la main: une profonde histoire de famille.
Les Desmond ont perdu leurs brillants sourires en entrant dans leur vivoir mourant. L'homme qui se tenait au centre de la pièce n'était plus le bienvenu dans le domicile. Valérie a accroché son manteau et a marché jusqu'à sa position.
_ Que fais ici ? N'ai-je pas été assez clair au téléphone ?
Dave a serré le poing. Ce garçon, il le haïssait énergiquement. Prince ne s'est pour autant pas occupé de lui.
_ Je veux l'entendre de sa bouche. Qu'elle me le dise elle-même. Ingrid, Ingrid, descend, je suis là ...
Sa voix est parvenue aux oreilles de la jeune femme, mais il lui a semblé qu'elle rêvait. Ingrid était plongée dans un sommeil comateux depuis le départ de ses parents. Valérie n'a pas perdu de temps.
_ Sécurité !!! Sécurité !!! Veuillez raccompagner ce monsieur. L'accès à mon manoir lui est strictement interdit dès cet instant.
En garçon bien éduqué, Prince n'a pas montré d'opposition. Dave a tout de même essayé de le frapper, mais a été retenu par Valérie.
_ Laisse-moi lui donner une correction.
_ Pour quelle raison ? Parce qu'il est plus courageux que tu ne l'as été toute une vie ? Respecte le plan établi et tout se passera bien pour tout le monde . Je vais voir Ingrid.
Dave a perdu son zèle. Valérie savait comment le refroidir au moment où il s'attendait le moins. Aussi pernicieux qu'elle, il s'est dirigé dans son placard pour faire le choix du costume à mettre à l'occasion des fiançailles de sa fille pour qui il éprouvait une grande attirance. Un soupçon de répit l'as frappé et il s'est assis sur le lit. Dave s'est souvenu qu'il n'avait jamais aimé Valérie : « Si Ingrid s'en va, comment vais-je vivre désormais dans cette grande maison ? Elle sera si ennuyeuse sans elle. Je ne pourrais pas me le permettre. »
Valérie est entrée. On aurait dit qu'elle lisait dans les pensées de son épouse. Elle avait décidé de lui suivre plutôt que d'aller voir sa fille.
_ Tu ne feras rien qui aille à l'encontre de ma volonté. Le contrat est signé. Ce mariage aura bien lieu, Dave. À moins que tu ne veuilles faire la prison. C'est ça ? Jette un coup d'œil par ici.
Les yeux de Dave se sont aggrandis. Valérie avait en sa possession une chose qui lui serait fatale si elle se retrouve entre des mains plus mauvaises que celle de sa femme. Il a plié le genoux.
_ Quel vêtement voudrais-tu que je mette ce jour ?
Cela lui était égale. Elle a farouchement tourné tout autour de lui.
_ Des petits cadeaux comme ceux-ci j'en ai plusieurs. Ça ne te tente pas de savoir où ?
_ Non. Les fiançailles c'est dans quelques jours, j'ai besoin d'argent . Alors je laisse la main. Fais comme tu le sens.
Valérie a froidement souri.
_ Tu auras tes vêtements le jour j. Tu ne t'approcheras plus d'Ingrid. Elle n'est plus à toi.
Dave a grincé des dents. Il devenait grincheux à chaque fois que l'allusion au mariage de sa fille était faite. C'était l'un des pères les plus malheureux à l'occasion du mariage de sa progéniture.
...
Le temps est passé et Ingrid a commencé à s'en remettre. Sa mère avait quelque peu raison. Ces douleurs n'etaient plus que de lointains souvenirs. Seulement, Ingrid n'oubliait rien. Il arrivait encore de se repasser la scène en se convainquant que rien n'était réel. Elle a lutté pour pouvoir joindre Prince, mais ce dernier était hors ligne, son appartement était vide. Le concierge n'a rien voulu lui dire à son sujet. À la banque aussi, il lui a été notifié que son amoureux a démissionné. À cet effet, une de ses anciennes collègues ne s'était pas gênée de lui demander si la rumeur est vraie.
_ De quoi parles-tu ?
_ Ne joue pas les saintes filles Ingrid. Tu n'as pas à avoir honte, tu sais ? Tout le monde est courant que Prince t'a largé pour une plus belle avant d'aller faire sa vie ailleurs.
Ingrid est juste ressortie. Elle pensait :« Il tient tant à moi qu'il a préféré endosser le mauvais rôle en s'en allant. »
Le fait est que Valérie s'était arrangée à ce que plusieurs portes liées de près ou de loin à la profession de Prince à la cité U lui soient fermées. Ingrid est rentrée dépitée. Ses fiançailles étaient dans deux jours et elle n'avait encore eu aucun contact avec son futur époux. Tout ce que Valérie lui avait dit c'était qu'elle le connaît sûrement car il est très populaire. Elle a plongé dans son lit et a regardé le plafond. S'imaginer dans les bras d'un nouvel homme l'a effrayé. Elle soupirait: « Et s'il était celui de trop ? »