Dave a pris une pause inspiratoire dans un coin de la maison. Les propos de Valérie venaient de lui couper tout appétit. Il a paru anxieux un court instant avant de prendre la direction de la chambre d'Ingrid. La porte s'est ouverte sur lui sans qu'elle ne le remarque. Désappointée par cette grossesse inattendue, elle s'était laissée porter par ses tristes sentiments en s'allongeant sur le parquet. À cet instant, elle pensait à Prince, à ce qu'il en penserait.
Comment pouvait-elle faire comprendre à son petit-ami qu'elle attendait un enfant de son propre père ? Par quelle alchimie cela était-il arrivée ? Où commencé ? Plus elle y pensait, mieux elle éprouvait une grande crainte. Une information de ce genre pouvait les séparer. Ses larmes avaient fini par sécher à force de réflexion. Sa langue était sèche, sa vie était sur le point de changer à jamais et elle n'avait aucun contrôle sur la tournure des choses. Se marier en portant un enfant de son père. Comment cela devait-il se faire ? De plus, qui devait endosser ce rôle d'époux ? Sa mère parlait de Prince tandis que son père venait de faire une annonce pour un mari. Dave s'est muré dans un silence de cimetière au seuil de la porte. Il parcourait ses longues jambes fraîches et fermes avec envie. L'envie de les caresser, de les tripoter sensuellement comme jamais auparavant il n'avait osé le faire faite de temps. Il s'est imaginé sans gêne un jeu érotique entre tous les deux dans sa situation d'extrême faiblesse. Il pensait qu'il la dominerait mieux. Maintenant qu'il n'avait plus à se cacher de la face de Valérie, il a conclu qu'il pouvait tout se permettre. Se baissant au niveau de sa fille, Dave a effleuré de ses doigts la moitié d'une de ses jambes. Ingrid a tressailli de peur, puis a sourcillé en s'éloignant conséquemment de lui. Elle ne criait jamais dans de cas, car il l'avait fortement menacé de mort à cet effet.
_ Tu n'iras pas au boulot ? Il commence à se faire tard.
Elle n'a cessé de le reculer tandisqu'il persistait dans sa démarche, la main de direction du dessous de sa robe. Ingrid a refermé ses jambes.
_ Pourquoi as-tu parlé à ta mère avant moi ? Rien ne prouve qu'il soit de moi, ce bâtard. De toute façon, tu t'envoies bien en l'air avec ce crève la faim non ? Celui à cause duquel tu as passé des jours loin de moi .
Ingrid n'a pas dit un seul mot. Elle savait pertinemment qu'il était de lui et elle se sentait assez sale rien qu'à l'idée d'y penser. En son sein grandissait à la fois son fils et son frère. Comment allait-elle pouvoir le regarder dans les yeux, le prendre dans ses bras et surtout l'aimer ?
Avec Prince, ils prenaient des précautions pour ne pas avoir une bouche de plus à nourrir en plus de ses frères et sœurs. Il souhaitait aussi voir le fruit de leur union dans un mariage légal et accepté de tous, Mais Dave venait expressément de briser tous ses rêves de sortir de ce cauchemar aux bras de son Prince et d'enterrer à jamais ce mauvais temps de sa vie. Il avait réussi à la détruire jusqu'aux os. La sentant distraite, Il l'a empoignée et l'a ramenée jusqu'à lui. Son visage entrait pratiquement dans le sien. Les yeux clos de peur et incapable de sortir le moindre son, Ingrid a senti la respiration de son bourreau dominée la sienne à l'étouffer. Il la maintenait dos au mur et l'oppressait par l'odieuse odeur de sa cigarette bon marché. Dave détestait qu'on ne lui prête aucune attention, plus encore au détriment d'un quelconque rival. Il l'a tenu par le cou.
_ Est-ce qu'il est mieux que moi ? Qu'est-ce qui t'attire autant chez lui . Moi je t'aime Margareth, tu le sais non ?
Ingrid a réussi à se défaire de sa prise. Elle n'avait jamais compris qu'il prononce toujours le prénom de cette femme avant de la souiller. Qui elle était ne l'importait que peu . Son unique souhait était que cet engrenage malsain cesse. Elle a fourni un grand effort pour retenir les larmes au bord de ses yeux.
_ Je ne suis pas Margareth. Je m'appelle Ingrid, papa .
_ Non. Tu es ma Margareth. Le seul homme qui a le droit de t'approcher c'est moi. D'ailleurs, ce garçon sera ....
_ Le petit-déjeuner est prêt.
Valérie de sa voix aigre venait de stopper l'ardeur de son époux. Ingrid a poussé un souffle pendant que Dave sortait précipitamment.
_ Tu vois ce dont je te parlais, maman ? Je ...
_ Habille-toi et descends .
Est tout ce que Valérie a trouvé à dire . Elle a quitté la chambre sans plus. Pour Ingrid qui espérait enfin avoir une preuve de son innocence, la réaction de sa mère était comme un coup frappé sur un homme déjà à terre. Elle n'y a pas compris grand-chose, mais a trouvé qu'il valait mieux marcher selon ses recommandations. Le fossé né entre deux femmes à la naissance d'Andrea, sa défunte sœur, s'était de nouveau agrandit. Il était certain qu'elle ne pouvait plus compter que sur elle-même. Et peut-être sur Prince si le ciel lui apportait son aide. Le jeune homme avait toujours une oreille attentive à lui prêter et mettait une épaule à sa disposition pour tous ses soucis. Ingrid a d'abord voulu le contacter et tout lui expliquer au téléphone.
_ Non. Non, il ne vaut mieux pas. Je lui en parlerai de vive voix.
Valérie a rejoint son mari à table .
_ Bon appétit mon chéri.
_ ....
_ Dis, que comptes-tu faire de cette grossesse ? Ta fille ne va quand-même pas épouser un homme le ventre allongé, hum ?
Dave a cessé de manger.
_ Que veux-tu faire ?
_ Évacuer ce machin. Je ne perdrais pas la chance d'être millionnaire à cause de tes ébats. Non !!! Il n'en est pas question. Ce n'est pas de ma faute si tu fourres ta queue n'importe où.
_ C'est mon enfant !!!
_ Va le dire à monsieur Leuillet ce midi. Penses-tu réellement que je te laisserai salir ma réputation aussi facilement ?
Dave a frappé le poing sur la table.
_ Elle le gardera !!!
_ Jamais !!! Pas sous mon toît . Si tu as tant d'amour pour elle, pliez bagages dès à présent et allez très loin de moi.
Valérie s'adressait à son mari un sourire d'espièglerie sur les lèvres. Dave n'avait pour famille qu'elle et Ingrid. Elle savait pertinemment qu'il n'oserait pas lui tenir tête longtemps. Cet homme avait toujours été un lâche et sa marionnette depuis la découverte de sa tromperie avec sa belle-sœur. Il a rouspété quelques secondes, puis ses propos se sont terminés par un bruit sourd. Ingrid est venue s'asseoir à table .
_ Tu n'iras pas au boulot aujourd'hui. On doit se débarrasser de ce truc que tu portes.
Ingrid n'a pas su s'il fallait s'en réjouir ou pleurer. Elle a néanmoins voulu savoir pourquoi.
_ Parce qu'il te faut urgemment mari !!! Tu dois t'en trouver un . Séduire celui d'une autre femme ne te donne pas toujours le droit de devenir sienne .
_ Arrêtes Valérie !!! S'il te plaît.
Ingrid a de nouveau perdu le contrôle de ses émotions et a pleuré. Comment sa maman pouvait-elle penser qu'elle soit la cause de tout ceci ? L'accuser d'avoir séduit son propre père ? S'en était trop .
_ Tu sais, maman ? J'ai toujours eu cette impression que tu me prenais pour une rivale. Je n'en saurais peut-être jamais la cause, mais je ne sais pas si je trouverais un jour la force de te pardonner quel qu'en soit la raison. Tout ce temps tu étais au courant de tout et tu n'as rien fait pour m'aider. Ça je n'oublierai jamais.
Elle a quitté la table à jeun.
_ Et voilà !!! Elle montre son véritable visage. Telle mère, telle fille. Que des femmes légères. J'espère vite m'en débarrasser.
Dave a lui aussi quitté la table.
_ Je vais prendre de l'air .
_ Je te comprends. Tout est irrespirable dans cette maison... Sauf moi .